Lesson Transcript

Anne Antrot: Oh là là... Quelle journée...
Hugues Henry: Bonsoir. Tout va bien ? Vous avez l'air très fatiguée.
Anne Antrot: Bonsoir. Oui, je suis épuisée. Excusez-moi. C'est juste que... la chaleur aujourd'hui, c'est terrible. C'est la canicule parisienne.
Hugues Henry: C'est vrai. Il fait au moins trente-cinq degrés dehors. C'est difficile de marcher en ville avec cette chaleur.
Anne Antrot: C'est horrible. On ne respire pas du tout. L'air est comme de la soupe. Une soupe chaude et très humide. C'est vraiment ça, une soupe !
Hugues Henry: De la soupe ! C'est exactement ça. Et en plus, avec les bouchons... La circulation est impossible.
Anne Antrot: Ne m'en parlez pas ! J'ai passé une heure dans le taxi. Le périphérique est complètement bloqué. Une heure pour faire quelques kilomètres... C'est fou.
Hugues Henry: Eh bien, au moins, vous êtes rentrée maintenant. Il fait plus frais ici, dans le hall de l'immeuble.
Anne Antrot: Oui, heureusement. La climatisation fonctionne bien ici. D'ailleurs, je ne crois pas qu'on se connaisse. J'habite au quatrième étage. Je m'appelle Anne. Anne Antrot.
Hugues Henry: Enchanté, Anne. Je suis Hugues. Hugues Henry. J'ai emménagé ici il y a quelques mois seulement.
Anne Antrot: Ah, bienvenue dans l'immeuble, alors ! Vous venez d'où ? Vous n'êtes pas de Paris, à l'origine ?
Hugues Henry: Non, pas du tout. Je viens de Nantes. C'est dans l'ouest de la France. C'est une ville très sympa, près de l'océan.
Anne Antrot: Ah, Nantes ! C'est joli. Mais il pleut beaucoup là-bas, non ?
Hugues Henry: C'est la réputation de la ville, oui ! Mais honnêtement, avec cette chaleur à Paris, la pluie de Nantes me manque un peu aujourd'hui.
Anne Antrot: Je comprends très bien. Et alors, vous habitez à quel étage ? Je connais presque tout le monde dans l'immeuble, mais je ne vous ai jamais croisé.
Hugues Henry: J'habite au dernier étage. Le penthouse, tout en haut.
Anne Antrot: Ah bon ? Le grand appartement avec la terrasse ? Wow, c'est magnifique. Vous avez beaucoup de chance. C'est le plus bel appartement de l'immeuble.
Hugues Henry: Merci. Oui, j'ai eu de la chance de le trouver. J'aime beaucoup la vue sur les toits de Paris. C'est très calme.
Anne Antrot: Bon, eh bien, on prend l'ascenseur ensemble ?
Hugues Henry: Allez, on y va. Après vous.
Anne Antrot: Alors, le quatrième pour moi, et le dernier pour vous.
Hugues Henry: C'est noté. Dites-moi, Anne, vous êtes étudiante ? Vous avez beaucoup d'énergie, malgré la fatigue.
Anne Antrot: Étudiante ? Oh, merci beaucoup pour le compliment ! C'est gentil, mais non. J'ai fini mes études depuis un moment. Je suis avocate.
Hugues Henry: Avocate ? Vraiment ? C'est étonnant.
Anne Antrot: Pourquoi c'est étonnant ? Je n'ai pas l'air d'une avocate ?
Hugues Henry: Eh bien... vous êtes très souriante. Très joyeuse. En général, les avocats que je connais sont très sérieux. Très stricts, vous voyez ?
Anne Antrot: Ah, mais je suis très sérieuse au bureau ! Je laisse le côté sérieux et ennuyeux au travail. Quand je rentre chez moi, je redeviens moi-même.
Hugues Henry: C'est une bonne philosophie de vie. Vous faites quel type de droit ? Vous êtes dans les affaires ? Le pénal ?
Anne Antrot: Non, je suis avocate généraliste. Une omnipraticienne, comme on dit. Je fais un peu de tout pour aider les gens.
Hugues Henry: C'est-à-dire ? Vous avez des exemples ?
Anne Antrot: Bien sûr. Je m'occupe de beaucoup de contrats, par exemple. Des contrats de travail, des litiges entre voisins... Je fais aussi de l'immobilier, pour les achats d'appartements. Et puis, je fais pas mal de droit de la famille. Les divorces, les gardes d'enfants...
Hugues Henry: Ça doit être difficile, le droit de la famille. C'est beaucoup d'émotions.
Anne Antrot: Oui, c'est vrai. C'est pour ça que je suis si fatiguée le soir. Les gens sont souvent très stressés ou en colère. Il faut les écouter, les calmer, et trouver des solutions. C'est un travail qui demande beaucoup d'énergie humaine.
Anne Antrot: Oh mon Dieu ! Qu'est-ce qui se passe ?
Hugues Henry: Ne bougez pas. On s'est arrêtés. L'ascenseur est bloqué.
Anne Antrot: Bloqué ? Mais c'est pas possible ! Je déteste ça. J'aime pas les petits espaces... Il n'y a pas beaucoup d'air ici, non ?
Hugues Henry: Respirez doucement, Anne. Tout va bien. Il y a une grille d'aération juste au-dessus. On a de l'air, ne vous inquiétez pas.
Anne Antrot: J'aurais tellement dû prendre les escaliers ! Je me suis dit : "Non, tu es trop fatiguée, prends l'ascenseur". C'est toujours quand on est épuisé qu'il arrive ce genre de choses !
Hugues Henry: C'est la loi de Murphy, comme on dit. Attendez, je vais appuyer sur le bouton d'urgence.
Hugues Henry: Allô ? Le gardien ? Vous m'entendez ?
Hugues Henry: Rien. Seulement des grésillements. Le micro ne marche pas très bien.
Anne Antrot: Et votre téléphone ? Vous avez du réseau ?
Hugues Henry: Laissez-moi regarder... Non. Zéro barre. La cage d'ascenseur bloque le signal. On ne peut pas appeler.
Anne Antrot: Génial. C'est vraiment génial. On va rester coincés ici toute la nuit. Vous êtes incroyablement calme, vous savez ? Comment vous faites pour ne pas paniquer ?
Hugues Henry: La panique ne sert à rien. Et puis, dans mon travail, apprendre à rester calme est très important. Si je panique au travail, ça me coûte beaucoup d'argent.
Anne Antrot: Ah oui ? Vous faites quoi dans la vie pour que la panique coûte si cher ? Vous êtes pilote d'avion ? Chirurgien ?
Hugues Henry: Non, pas du tout. Je travaille dans la finance. Plus précisément, je suis un des premiers investisseurs dans la blockchain et la crypto-monnaie.
Anne Antrot: La crypto-monnaie ? La crypto... Et la blockchain ? C'est quoi ça, la blockchain ? Une chaîne de blocs ? Comme de grosses chaînes en métal pour les bateaux ou pour la construction ?
Hugues Henry: Non, non, pas des chaînes en métal ! C'est vrai que le nom est un peu bizarre. C'est complètement virtuel. C'est sur internet.
Anne Antrot: Franchement, je n'y comprends rien à tout ça. Les bitcoins, l'argent invisible sur internet... Pour moi, c'est de la magie. De l'argent magique. Comment ça marche, en fait ?
Hugues Henry: C'est plus simple qu'on le pense. Vous voulez que je vous explique pour passer le temps ? On va sûrement attendre un moment avant que quelqu'un répare l'ascenseur.
Anne Antrot: Oui, s'il vous plaît. Ça va m'aider à penser à autre chose qu'aux murs de cet ascenseur. Allez-y, expliquez-moi l'argent magique.
Hugues Henry: D'accord. Alors, imaginez une banque classique. Si vous voulez m'envoyer de l'argent, la banque a un grand carnet. Elle écrit dedans : "Anne donne cent euros à Hugues".
Anne Antrot: Logique. C'est leur travail.
Hugues Henry: Exactement. Mais la banque est la seule à avoir ce carnet. C'est le chef. Elle contrôle tout. Elle prend des frais, elle peut bloquer votre argent, et parfois, elle fait des erreurs.
Anne Antrot: Ça, je le sais bien ! J'ai souvent des problèmes avec ma banque.
Hugues Henry: Eh bien, la blockchain, c'est une solution à ça. Imaginez que la banque n'existe plus. Le carnet existe toujours, mais cette fois, tout le monde en a une copie. Vous, moi, vos voisins... tout le monde.
Anne Antrot: Tout le monde a le même carnet ?
Hugues Henry: Oui. C'est comme un carnet numérique partagé que personne ne peut effacer. Si vous m'envoyez de l'argent, tous les carnets du monde se mettent à jour en même temps pour dire : "La transaction est valide".
Anne Antrot: Mais... c'est très intelligent, en fait. Personne ne peut tricher, parce que si quelqu'un essaie de changer son carnet, tous les autres carnets vont dire : "Non, ce n'est pas la bonne information."
Hugues Henry: Exactement ! Vous avez tout compris. C'est un système totalement transparent. Il n'y a plus besoin d'un intermédiaire comme la banque. Et c'est ça, la révolution de la crypto.
Anne Antrot: Vu comme ça, ça a l'air génial. Mais alors, pourquoi tout le monde dit que c'est dangereux ?
Hugues Henry: Parce que c'est un marché très jeune, très instable. Les prix montent et descendent tous les jours, à une vitesse folle. C'est pour ça que je vous disais que la panique coûte cher. Si on a peur et qu'on vend au mauvais moment, on perd tout.
Anne Antrot: Je vois. C'est beaucoup de pression, en fait.
Hugues Henry: Oui, beaucoup. C'est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ça ne ferme jamais. C'est très fatigant. C'est d'ailleurs pour ça que je change un peu de direction maintenant.
Anne Antrot: Vous arrêtez la crypto ?
Hugues Henry: Pas complètement, mais je commence à faire des investissements traditionnels. Je veux acheter des choses réelles. Des choses qu'on peut toucher. De l'immobilier, par exemple.
Anne Antrot: C'est une bonne idée. C'est plus sûr, surtout à Paris.
Hugues Henry: Oui. En ce moment, je regarde pour acheter un club de sport. Un club de tennis, plus précisément.
Anne Antrot: Un club de tennis ? À Paris ou en dehors de la ville ?
Hugues Henry: Juste ici, dans le quartier ! À dix minutes à pied de notre immeuble. Le grand club avec les terrains en terre battue.
Anne Antrot: Non ? C'est pas vrai ! Le club à côté du parc ?
Hugues Henry: Oui, celui-là même. Vous le connaissez ?
Anne Antrot: Mais bien sûr que je le connais ! La propriétaire du club... c'est ma voisine de palier ! Elle habite au quatrième étage, juste la porte à côté de chez moi.
Hugues Henry: C'est une blague ? Madame Dubois ?
Anne Antrot: Oui, Madame Dubois ! C'est fou ! Le monde est vraiment petit.
Hugues Henry: Incroyable. Je suis en train de discuter avec ses conseillers pour le rachat du club. C'est un processus un peu long et compliqué, avec beaucoup de papiers.
Anne Antrot: Eh bien, si vous avez besoin d'une avocate pour relire les contrats, vous savez où me trouver maintenant ! C'est exactement le genre de dossiers que je traite. Les rachats d'entreprises, les baux commerciaux, les contrats...
Hugues Henry: C'est bon à savoir. Je vais peut-être avoir besoin de vous, effectivement. C'est drôle comme les rencontres se font.
Anne Antrot: Oui ! Et sinon, à part les investissements et la crypto, vous faites quoi pour vous détendre ? Parce que ça a l'air d'être une vie à cent à l'heure.
Hugues Henry: C'est vrai. C'est pour ça que j'ai quitté Nantes pour venir m'installer à Paris. Je voulais être plus près de la culture. Les musées, les galeries... Je collectionne de l'art.
Anne Antrot: Ah, merveilleux. Des peintures ? Des sculptures ? Vous aimez quel style ? L'art contemporain ?
Hugues Henry: Pas exactement. Je collectionne les Bandes Dessinées. Les BD.
Anne Antrot: Les Bandes Dessinées ? Comme Tintin, Astérix, ou Spirou ?
Hugues Henry: Oui, mais il y a tellement plus que ça. En France, la Bande Dessinée est considérée comme le 9ème art. C'est très sérieux. J'ai des éditions originales très rares. Il y a des histoires incroyables, des dessins magnifiques. Pour moi, c'est une mythologie moderne.
Anne Antrot: Une mythologie moderne... C'est une belle façon de voir les choses. Je n'y avais jamais pensé comme ça. Je lisais beaucoup de BD quand j'étais petite, mais j'ai arrêté.
Hugues Henry: Vous devriez recommencer, il y a des choses formidables pour les adultes. Et vous, Anne ? Qu'est-ce que vous faites pour oublier vos contrats et vos divorces le soir ?
Anne Antrot: Moi, mon grand hobby, c'est le théâtre. Je fais partie d'une troupe amateur dans le quartier. On répète deux fois par semaine.
Hugues Henry: Le théâtre ! C'est génial. Vous êtes actrice, alors ?
Anne Antrot: À mes heures perdues, oui. J'adore ça. Ça me permet d'être quelqu'un d'autre. Et franchement, le théâtre m'aide beaucoup dans mon travail d'avocate.
Hugues Henry: Ah oui ? Comment ça ?
Anne Antrot: Être avocate au tribunal, c'est comme être sur une scène. C'est une vraie performance. Il faut avoir la bonne voix, la bonne posture, le bon regard. Et le costume professionnel, c'est comme un costume de théâtre. Je mets ma robe d'avocate, et je joue le rôle de la femme forte et confiante.
Hugues Henry: Je vois très bien ce que vous voulez dire. Vous avez une pièce en ce moment ? Vous jouez quel rôle ?
Anne Antrot: En ce moment, on prépare "Alice au Pays des Merveilles". Et devinez quoi ? Je joue la Reine de Cœur.
Hugues Henry: La Reine de Cœur ? La méchante qui crie tout le temps ?
Anne Antrot: Oui ! C'est tellement amusant. Je peux crier : "Qu'on lui coupe la tête !"
Hugues Henry: Impressionnant ! Vous faites ça très bien. Je n'aimerais pas être contre vous dans un tribunal !
Anne Antrot: Merci ! C'est vrai qu'on a souvent des préjugés sur les métiers. Les gens pensent qu'une avocate doit être ennuyeuse, très sérieuse, et qu'elle ne pense qu'à l'argent. Et moi, je joue la Reine de Cœur dans une petite salle de quartier.
Hugues Henry: Et les gens pensent qu'un gars de la crypto est un fou furieux, un joueur de casino qui prend des risques avec des lunettes de soleil et des voitures de sport... Et moi, je suis là, tranquillement chez moi, à lire des bandes dessinées.
Anne Antrot: C'est vrai. On est loin des stéréotypes.
Hugues Henry: Oui, on sort du moule, tous les deux. On ne rentre pas dans les cases. Et c'est beaucoup plus intéressant comme ça.
Anne Antrot: Oh ! Ça y est ! On bouge ! On n'est plus coincés !
Hugues Henry: On a survécu. Vous voyez, la panique n'était pas nécessaire.
Anne Antrot: Voici le quatrième étage. C'est mon arrêt. Je suis vraiment contente d'être arrivée... et je suis très heureuse de vous avoir rencontré, Hugues.
Hugues Henry: Moi aussi, Anne. C'était une panne d'ascenseur très agréable, finalement.
Anne Antrot: Attendez, avant de partir... voici ma carte de visite. Avec mon numéro de téléphone et mon e-mail. Si jamais vous avez besoin d'un coup d'œil juridique pour le club de tennis, n'hésitez pas.
Hugues Henry: Merci beaucoup. Je la garde précieusement. Je vous appellerai, c'est promis. Bonne soirée, Anne. Et pour votre pièce de théâtre... Merde !
Anne Antrot: Pardon ? Qu'est-ce que vous venez de dire ?
Hugues Henry: C'est pour le théâtre ! Pour vous porter chance sur scène.
Anne Antrot: Ah, mais oui ! Le fameux mot de Cambronne des acteurs. J'avais oublié mon rôle pendant une seconde. Merci beaucoup, Hugues ! À très bientôt !
Hugues Henry: À bientôt, voisine !

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