Lesson Transcript

Daphne Dural: Quel temps incroyable... Il pleut depuis ce matin sans s'arrêter. Le ciel de Paris est complètement gris aujourd'hui.
Geoffroy Girard: Oui, c'est vraiment une grosse tempête. Les rues sont complètement vides. Il y a beaucoup d'eau sur les trottoirs.
Daphne Dural: Les Parisiens détestent la pluie. Dès qu'il y a trois gouttes, tout le monde reste à la maison ou court vite dans le métro. C'est dommage pour le café, il n'y a pas beaucoup de clients.
Geoffroy Girard: C'est vrai. En même temps, avec cette pluie froide, c'est normal. Mais c'est bien pour vous, non ? C'est très calme dans le café aujourd'hui. On entend bien la musique. Et ça sent très bon le café torréfié et le vieux bois.
Daphne Dural: Oui, j'aime bien cette ambiance calme. Et ça m'a donné le temps de faire un grand nettoyage. J'ai démonté toute la machine à expresso.
Geoffroy Girard: Ah oui ? Toute la grande machine derrière vous ?
Daphne Dural: Oui ! J'ai nettoyé les petits filtres, j'ai fait briller le métal, j'ai tout vérifié. C'est beaucoup de travail. Mais maintenant, elle fait les meilleurs cafés de tout Paris. D'ailleurs, votre tasse est vide. Vous voulez un autre café, Monsieur Girard ?
Geoffroy Girard: Oh, s'il vous plaît, appelez-moi juste Geoffroy. "Monsieur Girard", c'est mon père. Et non, merci pour le café. J'ai déjà bu deux tasses. Si je bois un autre expresso, je ne vais pas dormir cette nuit.
Daphne Dural: Je comprends ! Mais vous regardez votre téléphone avec beaucoup de concentration depuis tout à l'heure. C'est une enquête secrète pour la police ? Vous cherchez un criminel dangereux dans le quartier ?
Geoffroy Girard: Non, pas du tout. Je ne travaille pas aujourd'hui, je suis en repos. Je regarde juste des vieux messages. Ma mère m'a envoyé des choses ce matin.
Daphne Dural: Ah bon ? Qu'est-ce qu'elle a envoyé ?
Geoffroy Girard: Elle a trouvé une vieille boîte dans la maison. Elle a acheté un nouveau scanner et elle a scanné beaucoup de vieilles photos de famille. Des photos que je n'ai pas vues depuis des années.
Daphne Dural: Oh, j'adore les vieilles photos ! J'aime regarder les vêtements, les visages, les objets anciens. C'est vraiment comme voyager dans le temps. C'est possible de voir quelques photos ?
Geoffroy Girard: Euh, oui, d'accord. Mais attention, je vous préviens. Je suis très différent sur ces images. C'était il y a très longtemps.
Daphne Dural: C'est ça qui est drôle ! Voyons ça...
Oh, il y a beaucoup de monde sur celle-ci. C'était quand ?
Geoffroy Girard: C'était il y a environ quinze ans. Une grande réunion de famille pour les vacances d'été. J'avais neuf ans.
Daphne Dural: Alors... où êtes-vous ? Je cherche un petit garçon... Ah ! C'est vous, ici, au milieu du groupe ?
Geoffroy Girard: Oui, c'est moi. Comment vous avez deviné si vite ?
Daphne Dural: Parce que ce petit garçon a l'air très sérieux ! Vous vous tenez très droit, avec les bras croisés. Vous ne souriez pas du tout pour la photo. Un vrai petit soldat.
Geoffroy Girard: C'est vrai. En fait, je voulais imiter mon père. Regardez bien derrière moi, l'homme debout avec la chemise bleue. C'est lui.
Daphne Dural: Oh, je vois. Votre père est très impressionnant ! Il est grand, il a l'air très fort. Et il porte un bel uniforme sur la photo.
Geoffroy Girard: Oui, c'était son uniforme de travail. Il était policier, lui aussi. Un homme très strict, très carré. Aujourd'hui il est à la retraite, mais à l'époque, c'était le chef de la maison.
Daphne Dural: Il ne sourit pas non plus sur la photo. Tel père, tel fils ! Mais il a un visage gentil, malgré tout. Et regardez cette moustache ! C'est vraiment une moustache classique de policier. C'est parfait.
Geoffroy Girard: Ah, la fameuse moustache de mon père ! C'était une vraie institution dans notre famille. Il a porté cette moustache pendant des décennies. D'ailleurs, moi aussi j'ai eu une moustache comme ça quand j'ai commencé dans la police.
Daphne Dural: Vraiment ? Vous aviez une grosse moustache ?
Geoffroy Girard: Oui ! Mais je l'ai rasée l'année dernière. Quand je suis allé voir mes parents après, c'était le drame. Une vraie crise d'identité pour toute la famille. Mon père n'a pas compris pourquoi j'ai coupé cette tradition.
Daphne Dural: Je peux imaginer la scène ! C'est trop drôle. Et cette photo, c'est pris où ? Il y a une très grande forêt derrière vous, et de hautes montagnes.
Geoffroy Girard: C'était dans le Vercors. Une région magnifique, mais très sauvage. On faisait du camping en famille. Mon père adorait la nature, mais avec lui, le camping, c'était pas des petites vacances tranquilles.
Daphne Dural: Ah bon ? C'était comment alors ?
Geoffroy Girard: C'était comme un entraînement de survie ! On devait se lever très tôt. On devait apprendre à faire du feu avec du bois humide, apprendre à lire une carte topographique, monter la tente en cinq minutes. C'était la discipline militaire.
Daphne Dural: Wahou, pas très relaxant pour un enfant de neuf ans !
Geoffroy Girard: Non, pas du tout. Regardez ma chemise sur la photo. Elle est parfaitement rentrée dans mon pantalon. Pas un seul faux pli. Mon père détestait le désordre.
Daphne Dural: C'est fascinant. Vous savez, c'est drôle. C'est peut-être pour ça que vous êtes devenu brigadier et instructeur de sport à l'académie de police. Vous aimez la discipline, vous aussi.
Geoffroy Girard: Vous avez peut-être raison... Je n'y avais jamais pensé comme ça. Le sport, la rigueur, l'entraînement... ça vient de ces vacances dans le Vercors, c'est sûr. Mais heureusement, je suis beaucoup plus relax avec mes élèves que mon père avec moi.
Daphne Dural: Je suis sûre que vos élèves vous aiment bien. Bon, il y a d'autres photos ?
Geoffroy Girard: Euh... oui. J'ai une autre photo. Mais elle est vraiment, vraiment embarrassante. Je ne sais pas si je dois vous la montrer.
Daphne Dural: Oh, s'il vous plaît ! Maintenant je dois absolument voir ça ! Vous ne pouvez pas dire ça et cacher le téléphone.
Geoffroy Girard: D'accord, d'accord. Voilà. C'est moi à seize ans.
Daphne Dural: Oh là là ! Quoi ?! Non, ce n'est pas possible ! C'est vraiment vous ?!
Geoffroy Girard: Oui. C'est bien moi.
Daphne Dural: Mais... vous avez des vêtements énormes ! Et des boucles d'oreilles ! Et surtout... vos cheveux ! Vous avez des cheveux violets ! Un violet électrique, très brillant ! C'est incroyable !
Geoffroy Girard: Oui, c'était ma période très rebelle. Je détestais l'autorité, je détestais la discipline. Je voulais être une grande star du rock alternatif.
Daphne Dural: Une star du rock avec des cheveux violets ! Vous jouiez d'un instrument de musique ?
Geoffroy Girard: Oui, je jouais de la batterie. On avait formé un groupe de rock avec des amis du lycée. On jouait dans le garage de mes parents. On faisait un bruit horrible, on était vraiment très mauvais.
Daphne Dural: Le contraste est hilarant ! L'adolescent sauvage avec des cheveux violets, et aujourd'hui le policier très poli et musclé qui boit son café noir. C'est magique. Mais... qu'est-ce que votre père a dit ? Le policier si strict, face à ces cheveux électriques ?
Geoffroy Girard: Oh, c'était un grand moment. Il n'a pas crié, bizarrement. Il a juste utilisé son humour très sec, avec un visage totalement sérieux.
Daphne Dural: Qu'est-ce qu'il a dit ?
Geoffroy Girard: Mon père a dit que je ressemblais à un grain de raisin.
Daphne Dural: Un grain de raisin ?!
Geoffroy Girard: Oui. Un petit fruit rond et violet. C'était sa façon de me dire qu'il trouvait ça totalement ridicule. Son regard était terrible.
Daphne Dural: Et vous avez gardé ce style longtemps ?
Geoffroy Girard: Non, seulement deux semaines. On avait un mariage important dans la famille, alors j'ai dû aller chez le coiffeur pour tout couper. Adieu la période rock star.
Daphne Dural: C'est une super histoire. Et vous venez d'où, en fait ? La photo a été prise où ? Vous êtes de Paris ?
Geoffroy Girard: Non, je suis né à Douai, dans le nord de la France. Mais regardez la photo suivante. Ça, c'est à Paris. Ma mère a pris cette photo devant notre premier appartement ici.
Daphne Dural: Faites voir... Un grand bâtiment en briques rouges. Il y a une plaque sur le mur : "Résidence des Trois Amandiers". La photo est datée de quand ?
Geoffroy Girard: De 2010.
Daphne Dural: Attendez une seconde. Mais... c'est ici ! C'est ce bâtiment ! C'est la rue juste devant le café !
Geoffroy Girard: Exactement. C'est notre immeuble. Mais à l'époque, il n'y avait pas de café sympa au rez-de-chaussée.
Daphne Dural: C'était quoi avant mon beau café, alors ?
Geoffroy Girard: C'était un pressing. Une boutique pour nettoyer les vêtements fragiles. Je m'en souviens très bien parce que je venais souvent ici avec mon père pour déposer ses uniformes de police.
Daphne Dural: Un pressing ? Je n'arrive pas à imaginer ça.
Geoffroy Girard: Je vous assure que l'odeur a beaucoup changé. Avant, ça sentait très fort les produits chimiques pour nettoyer les costumes. Aujourd'hui, ça sent le café chaud et les croissants. C'est une grande amélioration pour le quartier.
Daphne Dural: C'est sûr ! Et la rue est différente sur la photo. Il y a beaucoup de voitures.
Geoffroy Girard: Oui, la rue a changé. Maintenant, il y a plus d'arbres sur les trottoirs, et la mairie a construit de grandes pistes cyclables. C'est plus agréable.
Daphne Dural: Vous habitez toujours dans ce bâtiment, alors ?
Geoffroy Girard: Eh bien, ma famille a déménagé en banlieue quand j'avais douze ans. Mais il y a quelques mois, l'appartement était libre, alors je suis revenu vivre ici pour mon travail. Je suis juste en haut. J'habite au 4B.
Daphne Dural: Attendez... Quoi ?! Vous habitez au 4B ?
Geoffroy Girard: Oui, au quatrième étage, la porte avec la plante verte. Pourquoi cette réaction ?
Daphne Dural: Mais parce que j'habite au 4D ! La porte bleue juste en face ! Nous sommes voisins ! On habite sur le même palier !
Geoffroy Girard: C'est pas vrai ?! Mais... on ne se voit jamais dans les escaliers ou dans le couloir !
Daphne Dural: C'est normal ! Je travaille au café. Je commence tard le matin et je finis très tard le soir. Et vous ?
Geoffroy Girard: Moi, je pars de l'appartement très tôt le matin, souvent à cinq heures, pour mon entraînement sportif à l'académie de police. On se croise sans jamais se voir !
Daphne Dural: C'est complètement dingue ! Bon, écoute. Puisqu'on est voisins, on doit arrêter de dire "vous". On se tutoie maintenant, d'accord ?
Geoffroy Girard: Oui, d'accord, c'est une excellente idée. C'est beaucoup plus naturel entre voisins. Salut, voisine !
Daphne Dural: Salut, voisin ! Alors, montre-moi la suite. Tu as une photo de ta mère aussi dans ton téléphone ?
Geoffroy Girard: Bien sûr. Tiens, regarde celle-ci. C'était pendant un pique-nique dans un parc.
Daphne Dural: Oh, elle est très jolie. Et elle a un instrument dans les mains... C'est un ukulélé ?
Geoffroy Girard: Oui. Ma mère adore la musique. C'est de là que vient mon envie d'être une star du rock, je pense. Elle a beaucoup de patience. Elle a même essayé de m'apprendre à jouer du ukulélé quand j'étais jeune.
Daphne Dural: Et ça a marché ? Tu sais jouer ?
Geoffroy Girard: Pas du tout ! Regarde mes mains. Elles sont beaucoup trop grandes ! Je ne pouvais pas placer mes gros doigts sur les petites cordes pour faire les accords. C'était impossible et très frustrant.
Daphne Dural: Ah, je comprends mieux pourquoi tu as choisi la batterie pour ton groupe de rock !
Geoffroy Girard: Exactement ! Taper sur des trucs avec des baguettes en bois, c'est beaucoup plus facile pour moi. Pas besoin de finesse.
Daphne Dural: C'est très logique.
Geoffroy Girard: Tu sais, en regardant toutes ces photos aujourd'hui, je réalise quelque chose de triste. Je ne prends plus assez de photos des gens. Mon téléphone est plein de photos de mes chaussures de sport, de mes repas, ou de paysages vides.
Daphne Dural: C'est vrai que c'est important de garder des souvenirs avec les gens qu'on rencontre.
Geoffroy Girard: J'ai une idée ! On devrait prendre une "photo de voisins" ensemble, maintenant. Pour mon nouvel album numérique. Tu es d'accord ?
Daphne Dural: Oh oui, super idée ! Mais attends, je dois arranger mes cheveux rapidement. Avec la pluie de ce matin, c'est un peu le désordre sur ma tête.
Geoffroy Girard: Tes cheveux sont très bien. Allez, viens te placer ici.
Daphne Dural: Attends, je vais me mettre à côté de la machine à expresso. C'est la star de mon café. Voilà, je prends ma pose de bariste professionnelle ! Et toi, mets-toi juste à côté.
Geoffroy Girard: Comme ça ? Je me tiens bien droit ?
Daphne Dural: Détends-toi, voisin ! C'est ton habitat naturel. Tu es toujours au comptoir avec un café. Pas besoin de faire ton visage de policier sérieux.
Geoffroy Girard: D'accord, d'accord. Je lève le téléphone. Attention, à trois. On ne dit pas "ouistiti". Dis : Trois Amandiers ! Un... deux... trois...
Daphne Dural et Geoffroy Girard: Trois Amandiers !
Geoffroy Girard: Voyons le résultat... Pas mal du tout !
Daphne Dural: Oh, fais voir ? J'aime beaucoup cette photo ! Elle est très réussie. Et tu vois, c'est super parce que tu souris vraiment. Tu n'es pas comme le petit garçon strict de neuf ans.
Geoffroy Girard: C'est grâce au café. Ça me rend heureux. Mais pour être honnête, la nature sauvage de la première photo me manque un peu. Vivre à Paris, c'est génial, mais parfois, la ville, c'est un peu trop bruyant et fatiguant.
Daphne Dural: Je suis totalement d'accord avec toi. Avant, quand j'habitais à Toulouse, je faisais beaucoup d'escalade de bloc. C'était ma passion. Il y avait des rochers magnifiques en pleine nature. Ça me manque énormément ici.
Geoffroy Girard: L'escalade de bloc ? Sans corde, juste sur des gros rochers ?
Daphne Dural: Oui, c'est ça ! On grimpe avec juste des petits chaussons spéciaux et un gros matelas sur le sol pour la sécurité. C'est génial de chercher le bon chemin avec ses mains et ses pieds.
Geoffroy Girard: Moi, je vais encore camper une fois par mois pour m'échapper de Paris. Je prends mon sac à dos et je vais dans la forêt de Fontainebleau. Il y a des endroits très calmes là-bas.
Daphne Dural: Fontainebleau ?! Mais c'est le paradis mondial de l'escalade de bloc ! Il y a des milliers de rochers parfaits dans cette forêt ! C'est incroyable. On devrait organiser une sortie ensemble un de ces jours !
Geoffroy Girard: Une sortie ensemble ? Pourquoi pas. Mais je n'ai jamais fait d'escalade de ma vie. C'est difficile, non ? Je suis lourd, je ne suis pas un singe.
Daphne Dural: Je peux t'apprendre ! Il ne faut pas juste de la force, il faut réfléchir. Tu dois regarder le rocher et comprendre comment bouger ton équilibre.
Geoffroy Girard: Intéressant... Je vois l'idée. C'est un puzzle pour le corps.
Daphne Dural: Exactement ! C'est la meilleure définition. Alors, on fait un marché ? Je suis ta prof d'escalade, et en échange, tu utilises tes talents de survie pour le repas.
Geoffroy Girard: Marché conclu ! Je vais préparer des grillades au feu de camp. C'est ma grande spécialité, tu vas adorer. De la bonne viande, des légumes grillés...
Daphne Dural: Parfait. Et moi, j'apporte ma petite cafetière portable et un réchaud. Comme ça, on aura un vrai café de spécialité en plein milieu de la forêt après le sport.
Geoffroy Girard: Ah. Un client arrive avec son parapluie. Ton moment de calme est terminé, bariste.
Daphne Dural: Oui, le travail reprend. C'était bien de discuter, voisin !
Geoffroy Girard: Pour moi aussi. Bon, je vais te laisser travailler. Je dois aller au petit supermarché de la rue pour faire quelques courses avant de rentrer à l'appartement.
Daphne Dural: Bonne journée, Geoffroy ! À bientôt dans l'immeuble ou pour le café.
Geoffroy Girard: À bientôt, Daphne. Ah, au fait... S'il te plaît, oublie vraiment la photo avec les cheveux violets. Ne le dis à personne dans l'immeuble.
Daphne Dural: C'est un secret professionnel ! Promis !
Daphne Dural: Un grain de raisin électrique... Je vais pas l'oublier, ça c'est certain.

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